Un territoire sauvage au climat hostile, aucun moyen mécanique et très peu de commodités, une organisation sociale à construire à partir de connaissances restreintes, tel était le défi de ces êtres au grand coeur et au courage sans borne. Nous avons tout à apprendre de cet épique récit pour comprendre où nous allons car, tout ce que nous sommes devenus, c'est à nos ancêtres que nous le devons. D'une seule et unique voix, nous pouvons, d'une fierté consommée, leur dire: "Merci pour tout !"
La municipalité tient à remercier chaleureusement le généreux concours de la Société d'histoire et de généalogie pour les recherches et la rédaction des textes.
Plusieurs, parmi ces premiers occupants des territoires environnants, viennent pour travailler dans les chantiers qui sont très nombreux dans le secteur. Ils sont aussi parfois trappeurs ou chasseurs. Ils sont quelquefois seuls, sauf lorsqu’ils achètent une terre et souvent leurs familles les accompagnent. Dans certains cas, ce sont des « squatters » qui s’établissent pour diverses raisons, souvent les mêmes que pour les colonisateurs officiels : pénurie de terres dans les anciennes paroisses, emplois dans les chantiers, épreuves antérieures, goût de l’aventure, pour ne citer que ces dernières.
L’origine lointaine des premiers résidents de notre secteur est la France. Les ancêtres sont arrivés en Nouvelle-France dans le courant du 17e siècle. Ils proviennent des principales régions françaises suivantes : Normandie, Perche, Ile-de-France, Poitou, Aunis, Anjou, Orléanais, Angoumois, Limousin et Picardie.
Les trois secteurs de Dolbeau, Mistassini et Ste-Marguerite-Marie, aujourd’hui unifiés, ont pourtant des origines complètement différentes :
•Dolbeau: ville d’origine industrielle développée par l’implantation d’une compagnie.
•Mistassini: arrivée d’une communauté religieuse constituant le noyau central.
•Ste-Marguerite-Marie: issue du mouvement de colonisation pour un retour à la terre après la grande crise.
Nos ancêtres ont de durs défis à relever. Les travaux manuels sont difficiles, autant pour le travail domestique que pour gagner de l’argent, le troc n'étant pas d'usage généralisé. Les communications restent précaires ou, pratiquement inexistantes. Pour ce qui est des moyens de transport, ils demeurent très limités. Puis, les colonisateurs, hommes, femmes et enfants, doivent s’acclimater aux saisons, surtout aux durs obstacles des longs hivers. Bref, dans bien des cas, les gens ont eu à se battre pour survivre.
Au tournant du siècle, époque où notre secteur est en pleine colonisation, les habitudes de vie diffèrent grandement de ce que nous connaissons aujourd’hui.
Mortalité
Lorsque survient un décès, on expose la dépouille dans la maison familiale, et ce, pendant trois jours. On le veille jour et nuit. Les corps ne sont pas embaumés. À chaque extrémité de la tombe, on dépose une chandelle. Les gens éprouvés sont revêtus de noir et des prières sont récitées à intervalles réguliers.
Naissance
Lors de l’accouchement, l’exclusion des hommes est extrêmement courante. Ils sont dirigés dans une pièce adjacente, voire même dans la grange. Il faut un événement exceptionnel tel une tempête de neige, pour que leur présence soit requise. Quant aux enfants de la maisonnée, ils sont déplacés chez des voisins. Pendant très longtemps, c’est une sage-femme qui pratique les accouchements, assistée par la mère de l’accouchée, une de ses sœurs ou une voisine. Lorsqu’un médecin est présent, la sage-femme l’assiste.
Magasin général
Le magasin général réunit sous un même toit une gamme et une combinaison assez originale de produits et services. C’est à la fois une épicerie, une mercerie, une quincaillerie, une pharmacie, un dépanneur, un bureau de poste, un casse-croûte, une tabagie, essayant de répondre au mieux à tous les besoins de la population locale. Avec l’église, le presbytère et l’hôtel, il s’agit sans contredit de l’édifice le plus important de tout le village.
Corvée
Entre voisins, on se rend beaucoup de services. On fait également des corvées. À la différence du coup de main, les corvées regroupent plusieurs personnes et ont lieu surtout à l’occasion de travaux exceptionnels, par exemple, la construction d’un couvent ou le levage de la charpente d’une grange.
Charité
Chaque rang pourvoit à l’assistance des pauvres. Ce sont d’abord les parents et la famille du nécessiteux qui sont supposés voir à son entretien; cependant, si la famille ne peut pas le faire, c’est alors le rang qui s’en charge. Tous les six mois environ, on fait une tournée ou collecte au bénéfice des pauvres. La veille du Jour de l’An, c’est la traditionnelle « guignolée » qui d'ailleurs se pratique encore de nos jours.
Paroisse
La paroisse est comme une grande famille. Tous se connaissent et la plupart sont désignés par un surnom. Au sein de cette paroisse agrandie, on distingue quelques personnes jouissant d’une réputation notoire. Le notaire et le médecin exercent une large part d’influence, mais le chef, le patriarche incontesté de cette grande famille, est le curé.
École
L’école régit la vie quotidienne. Pour s’y rendre, le trajet est parfois pénible. En hiver, les rues sont déblayées par des charrues tirées par des chevaux. Peu importe la condition du chemin à emprunter, il fallait se rendre à l’école à pied, beau temps, mauvais temps, le transport scolaire n’existant pas à l’époque.
Loisirs
Malgré toutes les charges de travail qu’ils ont à faire quotidiennement, les gens prennent quand même le temps de vivre. Ils se rencontrent, en début de soirée ou le dimanche, entre voisins. Ce sont surtout les hommes qui vont aux nouvelles et en profitent pour fumer une bonne pipe, jouer aux dames ou aux cartes, ou encore tirer du poignet. Lorsque les femmes ont l’opportunité d’une sortie, les enfants et leur quotidien alimentent la plupart de leurs conversations. Le divertissement majeur de cette époque se résume aux veillées dans les maisons. Beaucoup de personnes jouent d'un instrument de musique et chantent. Les petits, quant à eux, s’amusent autour de la maison ou dans les champs. Ils inventent des jeux et se fabriquent des jouets avec ce qu’ils trouvent dans leur environnement immédiat.
Hygiène
Il va de soi que les salles de bain avec éviers et cuvettes à eau courante, chaude ou froide, ne s’intègrent pas dans le décor de cette époque. Pour l’hygiène personnelle, un bassin rempli d’eau à l’aide d’un vase, une débarbouillette, du savon du pays et très rarement du « savon d’odeur », constituent les principaux accessoires. De temps en temps, les enfants prennent un bain dans une cuve, mais généralement, les mamans nettoient leur progéniture à la débarbouillette. Pendant l’été, on recourt à une toilette sèche construite à l’extérieur pour les besoins personnels tandis qu’en hiver, on utilise une chaise dont on a troué le siège et sous laquelle une chaudière est installée.
Hiver
Durant la saison froide, sur la ferme, les hommes bûchent le bois nécessaire au chauffage de l’hiver suivant. Au printemps, à l’aide d’une scie ronde, on le coupe en bûches d’environ un pied. Elles sont ensuite fendues et cordées pour accélérer le séchage. Le hangar à bois doit être rempli à pleine capacité pour suffire aux besoins en chauffage des rudes hivers.
Vie domestique
À cette époque, on connaît déjà le recyclage, car lorsqu’un vêtement de coton, de lin ou de chanvre est usé, on le taille en une lanière sans fin, d’un demi-pouce de largeur environ, que l’on roule en pelotes. On s’en sert pour fabriquer des catalognes sur le métier à tisser ou on les tresse pour en faire des tapis. Quant aux couvertures de laine, elles sont fabriquées avec du « défaite » que l’on obtient en recyclant tous les vêtements et accessoires de lainage usés.
D'autre part, on utilise des lampes à l’huile, des fanaux, des poêles à bois pour faire cuire les aliments, des planches à laver et des pompes à l’eau manuelle.
Religion
La religion est omniprésente dans la vie des gens. La messe du dimanche est un devoir pour tous. Le soir, on se doit de réciter le chapelet en famille. Aussi, toute l’année est ponctuée de fêtes religieuses où tous participent activement : Noël, Pâques, carême, mois de Marie, St-Jean-Baptiste, Fête-Dieu. Pour tout catholique, le dimanche et les jours de fête sont consacrés au Seigneur. Les fidèles doivent assister à la messe puis aux vêpres l’après-midi.
Les valeurs du début du 19e siècle sont sensiblement les mêmes que celles des siècles précédents. Les changements sont alors plutôt lents. Toutefois, les bouleversements du modernisme se sont précipités au cours du 20e siècle. À cette époque, le rythme de vie est complètement différent; on vit beaucoup selon le cycle des saisons et la religion domine tous les aspects de la vie des gens. La foi et la famille sont au centre des préoccupations, et les valeurs de solidarité, d’entraide et de partage sont fondamentales.
La surconsommation n’existe pas alors; on vit heureux avec ce que l'on a, ne souffrant pas de ce que l'on ne connaît pas. Ce sont les grandes guerres, avec l'explosion des nouvelles technologies, qui conduisent à une ère de consommation de masse effrénée et généralisée. Nous sommes passés d’une société de l’être à une société de l’avoir.
En conclusion, il va sans dire que les premiers défricheurs et arrivants font preuve de courage exceptionnel et de vaillance, n’ayant pas peur de relever les défis du développement en cette rude époque. Ils sont prêts à tout pour survivre convenablement et laisser un noble héritage à leurs descendants.
